Pendant toutes ces années, depuis l'âge de l'apprentissage de la lecture (6/7ans) mon père étant chef d'un groupe musical, qu'on appelle harmonie, et disons, presque directeur d'une école de musique, j'ai subi le sort de tout être vivant sous le toit d'un "dictateur".TU FERAS DE LA MUSIQUE MA FILLE!!!!!Alors ça! ça ne me plaisait pas du tout. Tous les samedis de 14h à 19h enfermée dans un genre de maison de quartier à faire de la musique, c'était galère! Mais en y pensant, j'ai comme l'impression que tout ce que l'on m'imposait ne me convenait pas et animait en moi une sorte de révolte que je n'oubliais pas de dévoiler à la moindre occasion.
Puis, vint le jour du choix de l'instrument de musique, où, encore une fois je n'eus pas le loisir d'opter pour un instrument à mon goût, et je fus dirigée par mon père qui ne démordait pas de me faire apprendre la clarinette (il en manquait sur les rangs de l'harmonie qu'il dirigeait). J'aurais moi-même préféré le piano, mais comme le disait papa, "on ne défile pas avec un piano! tu apprendras donc à jouer de la clarinette!"
Pour l'anecdote, je me souviens même d'une fois, c'était les inscriptions pour les élèves de l'école de musique, et moi j'allais commencer ma 2ème année. J'ai exprimé haut et fort le souhait de ne pas retourner aux cours de musique, alors là! j'ai reçu une de ces corrections!! il me disait "dis que tu aimes la musique, dis que tu aimes la musique" forcée de le dire, il m'a rétorqué "eh bien tu iras"!
Je n'oublierai jamais cette scène, mais je n'en veux pas à papa que j'aime profondément et avec du recul je peux dire que la musique m'a beaucoup servi dans ma vie et aujourd'hui je ne peux que le remercier de m'avoir embarqué sur son navire.
Je n'aurais jamais pu vivre un temps fort que je vais vous conter maintenant et qui m'a profondément marqué.
Vers l'âge de 15 ans, une personne de l'harmonie (Monsieur Soyer) est venue me trouver pour accomplir un projet d'apprentissage de la musique auprèsd' handicapés mentaux...Je ne me souviens plus combien nous étions pour mener à bien ce projet, et je crois bien que Corinne ma grande soeur en faisait partie.
L'excitation mêlée à la peur de l'inconnu (le handicap mental) me faisait frémir, mais j'étais trop excitée à l'idée de côtoyer celui qui attire votre regard lorsque vous le croisez dans la rue. Je cédais donc et acceptais la proposition. Merci Mon Dieu! Quelle révélation! un pur retour aux sources qui vous fait prendre conscience des vraies valeurs de la vie.
Toute cette affection réclamée sans frein et sans cesse, sans pudeur mal placée, ces élans de chaleur humaine m'ont pourtant, en si peu de temps appris bien des choses et ne m'ont apporté que du bonheur. Mais déjà j'éprouvais un sentiment de révolte vis à vis de certains de ces enfants dont la présence dans cet établissement me paraissait douteuse, voire incompréhensible.
Puis le projet s'est stoppé, je ne sais pas pourquoi, manque de budget je présume, j'étais trop jeune à l'époque pour comprendre ces choses là, mais, quelle déception!
J'ai continué à faire de la musique jusqu'à mes 18 ans, puis j'ai arrêté pour des raisons que j'expliquerai plus tard dans un autre chapître.