Quelques temps auparavant, nous avions pris contact avec un médecin (exerçant légalement) de Toulouse que nous avaient recommandé Bernadette et Maurice. Ce médecin pratiquait la médecine parrallèle et nous avait dit qu'il ne guérirait pas la petite mais l'aiderait à endurer sa chimiothérapie. Effectivement, l'hôpital de Nancy à qui nous n'avions rien dit s'étonnait de voir notre petite en si grande forme malgré les traitements violents qu'on lui infligeait. Les racines de plantes africaines que nous envoyait le laboratoire de ce médecin, permettait à l'organisme de Lucille de conserver ses défenses naturelles et ainsi de ne plus avoir besoin de transfusion de sang ou autres substituts. Elle gardait aussi son appétit et sa bonne humeur à notre grande joie.
Mais elle en avait marre et voulait de plus en plus rester chez elle, chez nous, son petit nid douillet.
Un après midi d'été, voyant qu'elle en avait vraiment assez, nous étions chez mes parents, je pris le téléphone et appelai l'hôpital. Je leur fis comprendre que Lucille avait besoin d'air et que nous comptions l'emmener au bord de la mer pour lui changer un peu ses idées. Je ne reçus aucune interdiction bien au contraire, mon interlocutrice me disant que ça ne pouvait pas lui faire du mal. J'ai compris après pourquoi cette réflexion.
Nous avions décidé d'emmener Lucille voir son "tonton chéri" à Castres où il était militaire, c'était le moins que l'on puisse faire pour faire plaisir et à Lucille et à Arnaud son oncle qui était venu à plusieurs reprises lui rendre visite à l'hôpital et je lui rends grâce aujourd'hui pour cela parce que le moins qu'on puisse dire c'est que "ça ne se bousculait pas au portillon" pour venir voir la petite. L'hôpital fait peur...mais heureusement que tous ne réagissent pas de la même manière sinon les malades seraient bien seuls.
Lorsqu'Arnaud venait la voir il avait les bras chargés de cadeaux et lorsqu'il repartait, Lucille disait qu'il était parti chercher le père Noël.
Puis il était prévu d'aller rejoindre mes parents partis au Pays Basque en vacances.
Tout était prêt... Nous pouvions partir...
Direction Castres où nous avions pris rendez-vous avec mon petit frère qui était fou de joie.
Notre arrivée était fantastique, la petite trépignait de joie de voir son tonton chéri qu'elle adorait et qui le lui rendait bien et tout se passait à merveille. Le soir venu nous avions réservé une chambre dans un hôtel et y avions déposé nos bagages.
Le lendemain fut aussi formidable que le premier jour et la petite jouïssait vraiment de sa liberté.
Le troisième jour, elle ne pouvait plus se lever de son lit, nous ne comprenions pas ou nous ne voulions pas comprendre ! elle vomissait et urinait sous elle. Impossible de la lever elle retombait immédiatement. Je vais à la pharmacie, expliquant le cas et la dame voulant en savoir plus m'interroge plus longuement et me dit ne rien pouvoir me donner qu'il fallait que je me rende le plus rapidement possible à l'hôpital de là où nous étions.
Je repars chercher la petite et son père et nous nous rendons à l'hôpital où là le médecin lui prescrit tout de suite une prise de sang (j'ai toujours cette prise de sang, je l'ai gardée). Lorsque j'ai découvert le résultat de cette dernière, je me suis effondrée, j'avais tout compris.. Les cellules cancéreuses s'étaient multiplilées et plus encore et Lucille était en train de mourir.
Nous étions à quelques kilomètres de Toulouse où était le médecin qui suivait Lucille par la médecine parrallèle et je voulais absolument qu'il la voit.
L'hôpital de Castres où nous étions nous conseilla vivement de transporter Lucille à l'hôpital Purpan de Toulouse. Ca nous arrangeait bien...
l'arrivée à Toulouse
Direction hôpital Purpan d'urgence et arrivée dans les services et .....bouillard...total brouillard. Je ne me souviens pas de grand chose si ce n'est qu'ils ont bien voulu nous laisser repartir, était ce parce que nous avions signé une décharge? Je n'en suis même pas sûre, je ne me rappelle de rien. Toujours est-il que Lucille dormait toujours toujours toujours.........Elle ne mangeait plus, faisait sous elle, vomissait, pauvre petite puce nous étions complètement impuissants face à son état. Il nous fallait un hôtel, il était trop tard pour voir notre médecin.
Le lendemain, au cabinet médical, le docteur nous reçoit et injecte quelquechose à Lucille. Tout à coup, elle se remet à marcher, elle rit, elle a faim..vite, elle a faim! Le médecin demande à son assistante de nous conduire dans sa cuisine et nous prie de manger tout ce qu'on voulait...Ca tombait bien! il y avait du melon, elle adorait le melon... elle mangeait mangeait ! La Vie se réinstallait, notre petite était de nouveau en VIE.
Puis je ne sais plus à quel moment tout à basculé, nous étions déjà repartis et sur la route pour rentrer chez nous (nous avions fait une croix sur nos vacances au pays basque) lorsque Lucille s'est mise à crier comme si on l'égorgeait ! Je m'installais à côté d'elle à l'arrière comme si ça pouvait la soulager et essayais de lui raconter n'importe quoi pour détourner son attention, c'est ridicule, je sais, mais j'étais désemparée. Je lui parlais de cette petite soeur qu'elle me réclamait tant et lui demandais comment on allait l'appeler, elle me répondait toujours "Marie-Dominique, maman" et repartait dans ses douleurs. En plus se dégageait de son haleine une odeur nauséabonde, je comprenais qu'elle devait se décomposer ou quelquechose comme ça et je devenais complètement folle. Elle souffrait le martyre au point de se cogner la tête au plafond de la voiture Mon mari accélérait, nous étions à des centaines de kilomètres, mais nous avions compris, la petite vivait ses derniers moments et nous ne voulions pas qu'elle souffre plus. Nous étions paniqués et ne savions quoi faire, je me souviens alors de mes pensées à ce moment là, "il faut qu'on ait un accident tous les trois...il faut qu'on se tue tous les trois, c'est la seule solution"
Il a bien fallut s'arrêter à un moment donné lorsque les cris ne sont plus supportables et deviennent inhumains. C'est à Châlons sur Saône que notre voiture nous a conduit aux urgences de l'hôpital et que Lucille a été prise en main tout de suite. Je me trouvais près d'elle dans la voiture pendant que mon mari expliquait notre cas et elle m'a dit ces mots, avant de sombrer dans le coma, alors que je lui demandais si elle m'aimait "oui maman je t'aime, mais...laisse moi dormir"
Plusieurs fois, les médecins qui l'avaient menée dans un autre service sont venus nous demander si on voulait aller près d'elle, et plusieurs fois notre réponse a été "non", nous avions peur de la réalité nous ne voulions pas voir notre enfant mourir. Notre petite Lucille s'est envolée le 31 juillet 1985.
Quelquechose nous a profondément marqué mon mari et moi ce jour là, au moment où nous sommes arrivés dans ce service d'urgence jusqu'à l'envol de Lucille, plus un bruit, plus un coup de téléphone, plus un appel d'urgence... comme s'il était impératif que tous les médecins urgentistes n'aient qu'un seul souci, celui de s'occuper de la petite...bizarre non? d'autant plus qu'une fois décédée, les téléphones se sont remis à sonner et le personnel des urgences s'est "réactivé" comme si le temps avait été suspendu quelques heures.



