La délivrance

La délivrance
Les semaines passaient et Lucille supportait de moins en moins l'hôpital.
Quelques temps auparavant, nous avions pris contact avec un médecin (exerçant légalement) de Toulouse que nous avaient recommandé Bernadette et Maurice. Ce médecin pratiquait la médecine parrallèle et nous avait dit qu'il ne guérirait pas la petite mais l'aiderait à endurer sa chimiothérapie. Effectivement, l'hôpital de Nancy à qui nous n'avions rien dit s'étonnait de voir notre petite en si grande forme malgré les traitements violents qu'on lui infligeait. Les racines de plantes africaines que nous envoyait le laboratoire de ce médecin, permettait à l'organisme de Lucille de conserver ses défenses naturelles et ainsi de ne plus avoir besoin de transfusion de sang ou autres substituts. Elle gardait aussi son appétit et sa bonne humeur à notre grande joie.
Mais elle en avait marre et voulait de plus en plus rester chez elle, chez nous, son petit nid douillet.
Un après midi d'été, voyant qu'elle en avait vraiment assez, nous étions chez mes parents, je pris le téléphone et appelai l'hôpital. Je leur fis comprendre que Lucille avait besoin d'air et que nous comptions l'emmener au bord de la mer pour lui changer un peu ses idées. Je ne reçus aucune interdiction bien au contraire, mon interlocutrice me disant que ça ne pouvait pas lui faire du mal. J'ai compris après pourquoi cette réflexion.
Nous avions décidé d'emmener Lucille voir son "tonton chéri" à Castres où il était militaire, c'était le moins que l'on puisse faire pour faire plaisir et à Lucille et à Arnaud son oncle qui était venu à plusieurs reprises lui rendre visite à l'hôpital et je lui rends grâce aujourd'hui pour cela parce que le moins qu'on puisse dire c'est que "ça ne se bousculait pas au portillon" pour venir voir la petite. L'hôpital fait peur...mais heureusement que tous ne réagissent pas de la même manière sinon les malades seraient bien seuls.
Lorsqu'Arnaud venait la voir il avait les bras chargés de cadeaux et lorsqu'il repartait, Lucille disait qu'il était parti chercher le père Noël.
Puis il était prévu d'aller rejoindre mes parents partis au Pays Basque en vacances.

Tout était prêt... Nous pouvions partir...
Direction Castres où nous avions pris rendez-vous avec mon petit frère qui était fou de joie.
Notre arrivée était fantastique, la petite trépignait de joie de voir son tonton chéri qu'elle adorait et qui le lui rendait bien et tout se passait à merveille. Le soir venu nous avions réservé une chambre dans un hôtel et y avions déposé nos bagages.
Le lendemain fut aussi formidable que le premier jour et la petite jouïssait vraiment de sa liberté.
Le troisième jour, elle ne pouvait plus se lever de son lit, nous ne comprenions pas ou nous ne voulions pas comprendre ! elle vomissait et urinait sous elle. Impossible de la lever elle retombait immédiatement. Je vais à la pharmacie, expliquant le cas et la dame voulant en savoir plus m'interroge plus longuement et me dit ne rien pouvoir me donner qu'il fallait que je me rende le plus rapidement possible à l'hôpital de là où nous étions.
Je repars chercher la petite et son père et nous nous rendons à l'hôpital où là le médecin lui prescrit tout de suite une prise de sang (j'ai toujours cette prise de sang, je l'ai gardée). Lorsque j'ai découvert le résultat de cette dernière, je me suis effondrée, j'avais tout compris.. Les cellules cancéreuses s'étaient multiplilées et plus encore et Lucille était en train de mourir.
Nous étions à quelques kilomètres de Toulouse où était le médecin qui suivait Lucille par la médecine parrallèle et je voulais absolument qu'il la voit.
L'hôpital de Castres où nous étions nous conseilla vivement de transporter Lucille à l'hôpital Purpan de Toulouse. Ca nous arrangeait bien...

l'arrivée à Toulouse

Direction hôpital Purpan d'urgence et arrivée dans les services et .....bouillard...total brouillard. Je ne me souviens pas de grand chose si ce n'est qu'ils ont bien voulu nous laisser repartir, était ce parce que nous avions signé une décharge? Je n'en suis même pas sûre, je ne me rappelle de rien. Toujours est-il que Lucille dormait toujours toujours toujours.........Elle ne mangeait plus, faisait sous elle, vomissait, pauvre petite puce nous étions complètement impuissants face à son état. Il nous fallait un hôtel, il était trop tard pour voir notre médecin.
Le lendemain, au cabinet médical, le docteur nous reçoit et injecte quelquechose à Lucille. Tout à coup, elle se remet à marcher, elle rit, elle a faim..vite, elle a faim! Le médecin demande à son assistante de nous conduire dans sa cuisine et nous prie de manger tout ce qu'on voulait...Ca tombait bien! il y avait du melon, elle adorait le melon... elle mangeait mangeait ! La Vie se réinstallait, notre petite était de nouveau en VIE.
Puis je ne sais plus à quel moment tout à basculé, nous étions déjà repartis et sur la route pour rentrer chez nous (nous avions fait une croix sur nos vacances au pays basque) lorsque Lucille s'est mise à crier comme si on l'égorgeait ! Je m'installais à côté d'elle à l'arrière comme si ça pouvait la soulager et essayais de lui raconter n'importe quoi pour détourner son attention, c'est ridicule, je sais, mais j'étais désemparée. Je lui parlais de cette petite soeur qu'elle me réclamait tant et lui demandais comment on allait l'appeler, elle me répondait toujours "Marie-Dominique, maman" et repartait dans ses douleurs. En plus se dégageait de son haleine une odeur nauséabonde, je comprenais qu'elle devait se décomposer ou quelquechose comme ça et je devenais complètement folle. Elle souffrait le martyre au point de se cogner la tête au plafond de la voiture Mon mari accélérait, nous étions à des centaines de kilomètres, mais nous avions compris, la petite vivait ses derniers moments et nous ne voulions pas qu'elle souffre plus. Nous étions paniqués et ne savions quoi faire, je me souviens alors de mes pensées à ce moment là, "il faut qu'on ait un accident tous les trois...il faut qu'on se tue tous les trois, c'est la seule solution"
Il a bien fallut s'arrêter à un moment donné lorsque les cris ne sont plus supportables et deviennent inhumains. C'est à Châlons sur Saône que notre voiture nous a conduit aux urgences de l'hôpital et que Lucille a été prise en main tout de suite. Je me trouvais près d'elle dans la voiture pendant que mon mari expliquait notre cas et elle m'a dit ces mots, avant de sombrer dans le coma, alors que je lui demandais si elle m'aimait "oui maman je t'aime, mais...laisse moi dormir"
Plusieurs fois, les médecins qui l'avaient menée dans un autre service sont venus nous demander si on voulait aller près d'elle, et plusieurs fois notre réponse a été "non", nous avions peur de la réalité nous ne voulions pas voir notre enfant mourir. Notre petite Lucille s'est envolée le 31 juillet 1985.
Quelquechose nous a profondément marqué mon mari et moi ce jour là, au moment où nous sommes arrivés dans ce service d'urgence jusqu'à l'envol de Lucille, plus un bruit, plus un coup de téléphone, plus un appel d'urgence... comme s'il était impératif que tous les médecins urgentistes n'aient qu'un seul souci, celui de s'occuper de la petite...bizarre non? d'autant plus qu'une fois décédée, les téléphones se sont remis à sonner et le personnel des urgences s'est "réactivé" comme si le temps avait été suspendu quelques heures.
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# Posté le lundi 09 octobre 2006 11:03

Modifié le mercredi 22 novembre 2006 06:16

Le retour

Le retour
Nous étions rentrés chez nous dans la matinée et avions téléphoné à un de nos amis pour que la chambre de la petite soit débarrassée de tous ses jouets, ça semble peut être bizarre, mais nous avions la sensation que si nous ne faisions pas ça tout de suite, nous n'aurions jamais pu nous en séparer, et notre deuil devait commencer, nous avions été préparés à cela malgré nous pour avoir vu tous les petits copains de Lucille partir avant elle.
Tout était en ordre et nous attendions le corps de la petite qui devait être transporté par convoi spécial c'est la loi.

"C'EST DE TA FAUTE"
Mon beau père venait de franchir le pas de la porte et me désignait du doigt.
"C'est de ta faute! tu n'aurais jamais dû insister pour partir en vacances!!!"
Il fallait vraiment être solide pour se prendre ça à la figure et finalement, je m'en fichais royalement, je venais de perdre ma fille et ce qu'il pouvait dire m'importait peu, mais le personnage montrait son vrai visage et depuis le début donc, j'étais la fautive. Fautive de sa maladie, fautive ici de son décès. Il fallait qu'il y ait un coupable et ça ne pouvait pas être son fils.
C'est dans cette ambiance tendue que nous avons inhumé le corps de notre bébé le 2 août 1985 et ce jour là, avant de partir pour la cérémonie, ne trouvant rien à me mettre, je regardais dans mon armoire en m'interrogeant quand tout à coup je suis tombée sur un pull en coton que j'avais moi même tricoté et je me suis souvenue que ma puce m'avait dit le jour où je l'essayais "que tu suis belle maman" C'est donc vétue de ce pull que je suis allée accompagner mon ange de l'autre côté du miroir (sous les critiques de ma belle mère qui ne comprenait pas que ne porte pas de noir ce jour là.)
Une chose étrange aussi est arrivée ce jour là... Un ami prêtre avait apporté à Lucille une croix en bois pour l'accompagner dans son cercueil, et lorsque nous sommes rentrés de l'enterrement, nous avons retrouvé cette croix sur la modeste bibliothèque qui se trouvait dans le salon. Nous nous sommes posés mille questions, pourquoi cette croix était là alors que, c'était certain!, Lucille la portait sur elle lorsque le cercueil a été refermé.
nous avons eu une multitude de petits signes comme celui-ci et il est évident que nous étions fous de joie de savoir que ces signes venaient de notre fille chérie.

Quelqu'un un jour m'a dit alors que je lui racontais mon histoire, "tu sais, il y a une chanson qui me fait penser vraiment à toi lorsque tu parles de Lucille, écoute la, elle est de Céline Dion et la chanson est...vole"(chanson écrite par Jean-Jacques Goldman pour Céline Dion qui a perdu sa petite nièce Carine morte dans ses bras à l'âge de 16 ans de la mucovicidose (en 1994 ) et tirée de l'album "d'Eux"

Vole, vole petite aile
Ma douce, mon hirondelle
va t'en loin, va t'en sereine,
Qu'ici rien ne te retienne.

Rejoins le ciel et l'éther
Laisse-nous, laisse la terre
Quitte manteau de misère
Change d'univers

Vole, vole petite soeur
Vole mon ange, ma douleur
Quitte ton corps et nous laisse
Qu'enfin ta souffrance cesse.

Va rejoindre l'autre rive
Celle des fleurs et des rires
Celle que tu voulais tant
Ta vie d'enfant.

Vole, vole mon amour
Puisque le nôtre est trop lourd
Puisque rien ne te soulage
Vole à ton dernier voyage
Lache tes heures épuisées
Vole, tu l'as pas volé
Deviens souffle, sois colombe
Pour t'envoler

Vole, vole petite flamme
Vole mon ange, mon âme;
Quitte ta peau de misère
Va retrouver la lumière...

# Posté le lundi 09 octobre 2006 11:29

Modifié le mercredi 22 novembre 2006 06:22

magnifique chanson

magnifique chanson
lorsque j'ai entendu cette chanson pour la première fois j'ai dit: celle ci elle est encore pour toi... merci Mannick


Mannick : un enfant ne doit pas mourir

Ils sont là face à face, écrasés de chagrin,
la nouvelle est tombée comme une guillotine
Un coup de téléphone brutal et anonyme
Et dans leurs vies soudain le bonheur agonise

C'est un soir, un matin, d'automne ou de printemps
ils ne savent plus rien si ce n'est la blessure
Ecrite à l'intérieur comme une déchirure
En plein milieu du coeur en plein coeur de l'azur...

Ils murmurent sans fin
que ce n'est pas possible
c'est un cauchemard qui va finir...
Ils murmurent sans fin
que ce n'est pas possible
un enfant ne doit pas, mourir...

lui qui connait par coeur les mots pour consoler
n'en trouve plus un seul à pleurer ou à dire
la douleur le rend muet quand il voudrait rugir
et l'avenir lui semble un bateau qui chavire

Elle voudrait d'un seul coup revenir en arrière
abriter à nouveau l'enfant qui s'est brisé
lui redonner le jour et le désir de naître
défier le présent et tout recommencer...

ils murmurent sans fin que ce n'est pas possible
c'est un cauchemard qui va finir
ils murmurent sans fin, que ce n'est pas possible
un enfant ne doit pas mourir (bis)

# Posté le lundi 09 octobre 2006 12:49

Modifié le lundi 09 octobre 2006 15:59

un an déjà que tu reposes (Mannick)

un an déjà que tu reposes (Mannick)
Un an déjà que tu reposes
au ventre d'une terre amie,
à la place où tu as choisi
De t'arrêter, aux pierres closes
en quelques mois, en quelques nuits
ton corps à déposé les armes
à bout de force, à bout de larmes
Après la longue maladie.

Les étoiles ont pris le deuil dans le coeur de ton amour,
depuis que tu n'es plus là
Le bonheur marque le pas, il ne franchit plus le seuil de la maison d'autrefois.

Un an déjà que tu voyages,
De l'autre côté du sommeil
Tu contemples un nouveau soleil
et rien de toi, n'est plus en cage
En quelques mois, en quelques nuits,
tu as chaviré de souffrances,
vers le pays de transparence où plus que jamais tu revis......

Si tu pouvais te glisser dans le coeur de ton amour,
il aurait moins mal de toi...
Si tu venais lui parler, son chagrin serait moins lourd,
jusqu'à votre éternité....(bis)


Merci encore à toi Mannick pour cette merveilleuse chanson qui relate bien ce que l'on ressent lorsqu'on a vécu des moments si difficiles.

# Posté le lundi 09 octobre 2006 16:12

Modifié le jeudi 19 octobre 2006 05:47

INFINITUDE

INFINITUDE
Les enfants de Brabois que je connaissais sont tous partis un à un pour faire scintiller notre beau ciel de nouvelles étoiles.

Bien sûr qu'il faut être fort pour affronter pareille épreuve, je n'avais pas encore 23 ans et déjà je connaissais horreur et déchirement. Mais même dans les pires moments, je n'oubliais pas ce que ma petite Lucille m'avait apporté; une force inestimable, une joie de vivre, un amour des autres, un émerveillement de chaque instant. Je puisais ma force en elle, en souvenir de ce qu'elle m'avait apporté. Que d'Amour!
Au risque de passer pour une illuminée, je disais (et je le maintiens) qu'elle était venue nous apporter un message, message de paix, message d'Amour et qu'une fois ce message transmis elle était repartie. Je soutiens encore cette thèse n'en déplaise à ceux que ça dérange. Oui! je crois en une force supérieure, Oui je crois en une vie dans l'au-delà, en un monde meilleur. Je crois et j'ai l'espérance de cela et rien ne me fera changer d'avis.
Et si on devait me forcer à accepter le contraire, je n'aurais pas le goût de continuer, parce que mon courage pour vivre, je le puise dans cette certitude et croyez moi, j'en suis plus que convaincue. Sinon, à quoi bon continuer?
(http://www.infinitude.asso.fr/).Et si c'était vrai?

# Posté le mardi 10 octobre 2006 08:58

Modifié le jeudi 02 novembre 2006 11:43