La vérité si je mens

La vérité si je mens
Ma vie de couple battait de l'aile, encore plus depuis le décès de Lucille, et ne pouvant plus continuer ainsi, je pris la décision de me séparer, mon bébé n'avait que 2 ans.
Je n'avais alors encore jamais travaillé et il fallait, pour quitter le cocon familial et affronter une nouvelle vie, trouver un emploi pour subvenir à mes besoins.
Depuis l'arrêt de mes fastidieuses études, je n'avais jamais exercé aucun travail (mon cher époux ne le souhaitant pas, je devais me contenter du statut de mère au foyer, d'être belle et surtout de me taire) ainsi donc, après tant de temps, je ne pouvais prétendre à mettre en pratique mes "qualités" d'employée de bureau, de devais chercher vers un autre domaine. L'endroit où quelques années auparavant j'avais exercé mes terribles talents de musicienne, était aussi un centre de formation. Je me renseignais donc pour une remise à niveau, et, aux dires du responsable des stages, ce serait pour moi une perte de temps, il me proposait alors un stage d'agent de comptoir, d'accueil et d'accompagnement de voyageurs. Vaste domaine qui aurait pu être interressant si je n'avais pas effectué ce dit stage dans une agence de voyage qui se contenta de me contraindre au rangement, au classement et à d'autres choses aussi passionnantes plutôt que de m'apprendre ne serait que les rudiments de ce métier.
Il faut dire aussi (encore un détail qui a son importance) qu'étant domiciliée en Haute-Marne, mon stage théorique s'était déroulé là-bas, mais j'avais pris soin de choisir un stage pratique en région parisienne pour être certaine d'obtenir un emploi, comme toute bonne provinciale qui se respecte, je ne pouvais trouver du travail que "sur" Paris. Paris...non! une campagnarde comme moi n'aurait pas tenu plus d'une semaine, alors j'optais pour la grande banlieue, pointant le doigt sur la carte des environs de Paris, les yeux fermés, je lisais en les rouvrant: VAL D OISE.
Ce qui explique ma venue dans cette région inconnue jusqu'alors et mes 10 années de résidence dans ce département.
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# Posté le lundi 13 novembre 2006 16:04

Que celui qui n'a jamais pêché me jette la première pierre...

Que celui qui n'a jamais pêché me jette la première pierre...
Le mal être qui m'envahissait faisait de moi une autre personne. Ma vie était dissolue et avant de partir pour le Val d'oise, avant même de commencer mon stage, j'avais fleurté avec le minitel ... J'allais sur des sites de dialogues qu'on appelait à l'époque "minitel rose". Mais je peux affirmer ici que bien souvent mes interlocuteurs n'avaient pas en tête autre chose qu'une irrémédiable envie d'écoute. Ma solitude était si pesante que grâce à cette nouvelle technologie, je me sentais comprise, entourée et aimée.
C'est ainsi que j'ai fait quelques rencontres, oui je l'avoue parce qu'il faut admettre que je n'en pouvais plus et je crois bien, avec du recul, que je n'avais pas toute ma tête. Quand j'y repense, je me dis que ça aurait pu être au péril de ma vie puisque je ne connaissais pour ainsi dire pas la personne que j'allais rencontrer, elle ne me disait que ce qu'elle voulait bien me dire et rien d'autre, et ça aurait pu être très dangereux. Je me rends compte à quel point je devais être désespérée pour en arriver là. Quelle inconscience! Mais encore une fois mon attitude était justifiée. Mon mari ne comprenant pas mon mal être s'était mis dans la tête que je le trompais. Il m'avait même enregistré ! Ayant découvert son stratagème, j'étais blessée au plus profond de mon être. Je criais vengeance et rien ne pouvait m'arrêter. Je le haïssais et ne pouvais plus revenir en arrière. Il fallait que je parte!
Le Vide total, voilà mon état d'esprit lorsque qu'un jour de mai 1988 je quittais le domicile conjugal pour ne jamais revenir.

# Posté le lundi 13 novembre 2006 16:35

Modifié le mercredi 14 février 2007 12:50

L'EXODE

L'EXODE
Un soir de mai 1988, alors que je rentrais à mon domicile de mon stage pratique effectué dans une agence de voyage du Val d'Oise, mon mari me proposa de m'inviter au restaurant avec notre petite fille. Je n'y voyais aucun inconvénient d'autant plus que j'étais exténuée par le voyage, les embouteillages et la distance. A partir du moment où nous avons mis les pieds dans ce restaurant, il n'a cessé de me dénigrer, j'étais une mauvaise mère, je reniais tout ce que Lucille nous avait inculqué etc... il parlait assez fort pour que nos voisins de table entendent et assez bas pour ne pas faire d'esclandre. Je l'écoutais sans broncher. 1 an était passé sans aucune intimité, il n'y avait plus rien entre nous qu'animosité, rancoeur, et en ce qui me concerne presque de la haine.
Jusqu'à notre appartement il continuait ainsi à me "harceler" de ses termes bien choisis comme il savait le faire. C'est alors que, n'en pouvant plus, et sans dire un seul mot, j'embrassais mon bébé, le couchais, doucement je fermais la porte de sa chambre, en larmes mais déterminée je fis mes bagages alors que je venais de les défaire pour le week end. Il m'a dit "tu pars?" je lui ai répondu que je n'avais plus rien à faire ici. Aimablement il m'a descendu mes bagages, les a mis dans la voiture et c'est ainsi qu'à 2 heures du matin je revenais dans le foyer de jeunes travailleurs qui me servait de toit avec pour tous bagages 2 gros sacs en plastique de vêtements.
J'avais laissé mon enfant, je savais qu'il fallait que je parte, je pensais revenir chercher ma petite quelques temps plus tard, le temps de trouver un endroit pour l'accueillir, le foyer où je dormais n'aurait jamais accepté un enfant dans ses murs et je ne voulais pas me retrouver avec elle dans la rue. J'étais loin de m'imaginer la suite de l'histoire.....
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# Posté le vendredi 22 décembre 2006 04:48

Mutisme

Mutisme
Dès le lendemain de ma "fuite" mes beaux parents avaient accouru et avaient pris possession des lieux. Mon départ était donc tant désiré? Après tout j'aurais très bien pu n'être partie que sur un coup de tête et revenir le week end suivant. Apparemment cela ne les avait pas effleurés une seconde puisqu'ils embarquaient dans la foulée quelques ustensiles de cuisine mais surtout ma petite fille.
Depuis si longtemps qu'ils désiraient une petite fille! La naissance de leur unique enfant avait été entachée par l'annonce du sexe de celui-ci. Toute sa grossesse, ma belle mère avait désiré une fille et le trousseau du bébé avait été conçu selon son attente. Je tiens ces propos de la bouche même de ma belle mère.
Pensez donc! mon exil, fuite, exode...appelons ça comme on veut, tombait à pic!
De mon côté j'essayais d'entrer en relation avec mon mari pour avoir des nouvelles de mon bout de chou et j'espérais ainsi avoir la possibilité de le voir. Combien de promesses de la part de mon mari ai-je pu entendre du genre "on sera à la gare à telle heure pour que tu puisses voir la petite" j'attendais des heures, des heures interminables et personne au rendez vous.
Les coups de téléphone n'étaient plus qu'insultes et menaces... Quelle période noire! je voudrais oublier mais je ne le peux pas.
J'avais "coupé les ponts" avec ma famille, je ne voulais pas être influencée par qui que ce soit, j'étais persuadée que tous me diraient de revenir et moi, je ne le voulais pas, je savais que si je revenais il aurait fallut que je rampe et que j'implore un pardon qui me semblait injustifié. Personne donc ne savait réellement où je me trouvais, je ne donnais aucune nouvelle, le mutisme total. Je ne m'imaginais pas à ce moment là le drame que vivait ma famille et plus particulièrement mes parents. Ils avaient déjà perdu une petite fille, voilà maintenant que leur propre fille disparaissait dans donner signe de vie. Ils ne manquaient pas de pleurer et de prier chaque jour. C'est une période de ma vie que je voudrais effacer, je n'ai pu qu'après coup me rendre compte du tort que j'ai causé à mes adorés parents et la peine que je leur ai infligé. Mon père ne voulait plus voir personne, lui si sociable et si gai fuyait tout contact et se cachait pour pleurer. Je n'ai de cette période que des regrets, et j'aurais voulu agir autrement le chagrin causé à mes parents me ronge encore aujourd'hui et j'y pense très souvent, me disant que j'ai certainement contribué à la dégradation de la santé de mon père qui, fragilisé par son infarctus du myocarde a dû depuis subir deux pontages. Je pense que je culpabiliserai jusqu'à la fin de mes jours, le cauchemar revient fréquemment et je redoute le jour où mes parents me quitteront pour un monde meilleur, je serai alors certainement inconsolable tant je leur voue un amour sans limite.
C'est donc dans cette atmosphère que je ne souhaite de vivre à personne, que je continuais à me battre non pas pour récupérer mon bébé, je n'avais pas encore de quoi l'accueillir, mais pour le voir et le serrer fort dans mes bras.

# Posté le vendredi 22 décembre 2006 06:03

Modifié le mercredi 27 décembre 2006 02:12

la bataille

la bataille
Je pensais bêtement que, après avoir trouvé un emploi stable, trouvé un logement décent, j'irais rechercher ma fille et que nous coulerions des jours heureux. Je ne savais rien de la vie, je ne connaissais pas la méchanceté et l'ingratitude et je dus me résoudre à côtoyer ces sentiments qui m'étaient jusqu'alors inconnus.
Ce fut donc encore là une période de lutte intensive, on me privait de ma fille, que l'on avait soigneusement écartée de mon chemin et malgré le fait que je connaissais l'endroit où on la cachait, je n'avais pas l'argent nécessaire pour aller ne serait-ce que l'apercevoir. Ceux qui allaient devenir mes ex-beaux parents habitaient le Nord de la France et logeaient dans une véritable forteresse. Personne à part les services de l'ordre ne m'aurait permis de prendre le moindre contact.
Que de pleurs versés sur moi-même à cette époque! j'étais seule face à une situation que je ne comprenais pas et je n'arrivais pas à faire face. J'avais coupé tout contact avec ma famille et mes amis, je me sentais coupable à juste titre et j'avais honte. J'étais aussi intimement persuadée que je ne trouverais aucun réconfort mais juste des reproches et des accusations alors que j'avais dû me taire pendant des années de souffrances avec ce mari qui n'avait pas su être présent aux moments de lutte, souffrant bien entendu de la triste situation mais s'enivrant de travail et prétextant toutes sortes de projets afin de pouvoir fuir une situation qui lui était (et je le comprends) intolérable. Bref, je passais donc aux yeux de ma famille qui me manquait plus que jamais, pour une enfant gâtée et rien de plus... Un caprice...
Ce passage à vide dura 5 mois à peu de choses près et lorsque je commençais à percevoir un salaire, je me dirigeais vers la seule personne que j'espérais revoir : ma fille.
Accompagnée par la gendarmerie du coin, je pus la voir durant 20 minutes, elle pleurait puis riait, puis je pleurais, puis je riais... Du haut de ses 2 ans et demi, elle me parlait et me racontait des tas de choses..."Maman, Mamie m'a dit que tu étais morte...!" Voilà ce qu'était l'amour de ces grands parents pour cette petite fille! j'étais morte et ainsi ils pouvaient s' accaparer de ma fille. Ma belle mère ainsi se faisait appeler "mamie maman" ! Mais quelle horreur! Je vous passe le déchirement de mon départ, mais une chose était sûre, ma fille ne m'avait pas oubliée et avait compris bien vite que je ferai tout pour la récupérer. J'avais entre temps trouvé un emploi, un stage de travailleuse familiale, et j'étais à la recherche d'un logement si difficile à trouver.
Hélas ce jour, je ne pus la récupérer, la gendarmerie ne voulant pas prendre de décision, il leur fallait téléphoner au parquet pour connaitre la marche à suivre. Je suis donc repartie au commissariat dans l'attente d'une réponse positive du juge ce qui ne tarda pas à venir, j'avais le droit de reprendre ma fille. Oui mais....
à mon retour au domicile de mes beaux parents, il n'y avait plus personne, ils avaient pris la fuite et, je ne pouvais plus attendre, il fallait que je reparte, le lendemain je travaillais et comme je venais de commencer dans ce nouvel emploi, je ne pouvais pas me permettre de ne pas être présente à mon travail.

# Posté le vendredi 22 décembre 2006 07:23

Modifié le vendredi 25 juillet 2008 01:04